01/04/2013, 06 h 00
Autisme : "Nos enfants sont mis hors la vie"

La ville se joint à l'action 'Éclairons la vie en bleu'.C'est avant tout un régal pour les curieux qui découvriront ce soir leur pont de Saint-Bénézet illuminé de bleu. Mais c'est également, et surtout, une cause nationale défendue par la municipalité d'Avignon mais également par l'ensemble des grandes villes de France. Dans le cadre de l'opération ' Éclairons la France en bleu' organisée par le Collectif Autisme, pour la deuxième année consécutive, tous les monuments prennent le temps de quelques soirées, du 29 mars au 3 avril ici, cette couleur particulière pour évoquer et sensibiliser la population à cette maladie qui touche près d'une personne sur 250. Une prise de conscience symbolique dans l'Hexagone qui s'avère efficace. Pour Sophie Marcatand, présidente de l'association TEDAI 84, c'est une réelle satisfaction : "Nous sommes à présent écoutés par la plupart des élus et notre travail commence à porter ses fruits." Leur fameux travail ? Celui d'aider à l'intégration, notamment en milieu scolaire, des enfants atteints d'autisme. Pas forcément une tâche aisée. "Nous recevons des parents du Gard, du nord des Bouches-du-Rhône qui sont en souffrance, raconte-t-elle. Certains culpabilisent et avouent avoir du mal à se battre pour la scolarisation de leurs enfants. On a mis nos enfants hors-la-vie. C'est un gâchis." Pourtant des solutions existent, et certains degrés d'autisme sont compatibles avec une vie en milieu scolaire. "C'est avant tout un handicap social, poursuit la responsable. Certains autistes sont loin d'avoir des déficiences intellectuelles. Au contraire, ils sont parfois bien plus performants que nous, tout en ayant des problèmes pour communiquer avec les autres. Ils existent des exercices pour leur apprendre les codes sociaux, on a vu des jeunes s'ouvrir au fil des années." L'éducation nationale aurait elle aussi su s'adapter aux exigences pédagogiques face à des élèves autistes. Une avancée certes, pas forcément synonyme de compréhension globale. Un vrai travail de sensibilisation qui doit se poursuivre. Car en terme d'accès à l'emploi, les autistes sont certainement la catégorie de travailleurs la moins aidée. "Les employeurs face à une personne en fauteuil roulant connaissent les aménagements à réaliser. Face à des autistes, ce sont des aménagements de comportement social. Cela peut-être effrayant. Les autistes ont parfois du mal à regarder dans les yeux ou se montrent encore exubérants. Mais ils sont tout aussi capables." Des génies avignonnais Parmi eux, l'écrivain installé à Avignon Daniel Tammet qui, avant de se pencher sur les lettres, a appris à parler l'islandais en quatre jours, puis a récité à Oxford les 22 514 décimales du nombre Pi. Autre talent, toujours à Avignon, mais plus jeune, Lucile qui du haut de ses dix ans et avec son stylo bic, a déjà plus de huit expositions prévues. Jusqu'au 3 avril, le pont Saint-Bénézet sera illuminé de bleu, pour sensibiliser la population à l'autisme.